Les voyages entre cousins comptent souvent parmi les plus beaux souvenirs d'enfance.
Quarante ans plus tard, nous évoquions, encore récemment lors d’une réunion de famille, avec le même enthousiasme, notre voyage en ex-Yougoslavie à l'été 1986. Les lieux précis se sont parfois estompés, mais les anecdotes, les fous rires et les moments partagés sont restés gravés dans nos mémoires.
Convaincus que les voyages en famille créent des souvenirs inoubliables, nous avons décidé de renouveler l’expérience et d'organiser un voyage avec mon frère, ma plus jeune sœur et nos trois enfants à la découverte de la Roumanie, un pays encore méconnu et souvent sous-estimé.
Des Carpates au delta du Danube, des châteaux de Transylvanie aux monastères de Bucovine, en passant par ses villes historiques, ses villages traditionnels, ses vastes forêts et ses espaces naturels préservés, la Roumanie offre pourtant aux voyageurs une étonnante diversité.
Une fois la destination arrêtée, le défi consistait à imaginer un itinéraire où chacun, petits et grands, trouverait sa place malgré des profils de voyageurs différents et des contraintes de durée.
Il a fallu faire des choix. Exit donc la Bucovine et ses magnifiques monastères peints.
Nous avons décidé que ma fille et moi partirions quelques jours plus tôt pour visiter Bucarest, puis poursuivre vers Brașov, Sibiu et Sighișoara en train, avant de retrouver le reste de la famille pour découvrir une autre facette de la Roumanie.
Car, si la Roumanie compte de superbes villes historiques, c'est dans ses campagnes que l'on découvre son âme. On y retrouve une Europe encore profondément rurale où les charrettes tirées par des chevaux rappellent celles de notre enfance. Ici, il faut accepter de prendre son temps, au rythme des tracteurs et des attelages, pour en apprécier toute la richesse.
Une fois la voiture de location récupérée et toute la famille réunie, nous avons pris la route de la mystérieuse Transylvanie sur les traces de Dracula. Nous avons ensuite emprunté la spectaculaire route des Carpates, avec l’espoir de croiser des ours, avant de rejoindre Tulcea, porte d'entrée du delta du Danube.
Cette dernière étape de trois jours, au cœur du delta, allait nous conduire dans l'un des plus remarquables espaces naturels d'Europe.
À l'extrémité orientale de la Roumanie, à la frontière avec l'Ukraine, le Danube achève son incroyable voyage commencé en Allemagne, dans la Forêt-Noire. Après près de 2 900 kilomètres à travers dix pays, il rejoint la mer Noire et donne naissance à l'un des plus vastes et des mieux préservés deltas d'Europe, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Immense labyrinthe de canaux, de roselières, de lacs et de villages isolés, le delta abrite une biodiversité exceptionnelle où plus de 300 espèces d'oiseaux cohabitent avec une faune abondante.
Tôt le matin, nous embarquons à Tulcea en direction de Crișan, un petit village d'à peine 400 habitants. Ici, pas de route : l'eau est le seul moyen d'accéder à notre petite pension, installée à l'écart, au bord d'un canal.
Le delta du Danube n'est bien souvent découvert que le temps d'une excursion de quelques heures ou d'une journée à bord d'un bateau rapide. En choisissant d'y séjourner, nous avons la chance de le découvrir autrement. À l'aube, nous embarquons sur le petit bateau de notre pension. Pendant quelques heures, le silence règne et le delta n'appartient encore qu'aux oiseaux, aux pêcheurs… et à quelques rares visiteurs.
Chaque soir, nous retrouvons le petit embarcadère pour assister au spectacle du soleil couchant. Les couleurs du ciel se mêlent aux reflets de l'eau, tandis que la nature poursuit son rythme immuable. Nous restons là, simplement à observer, avec le sentiment d’être hors du temps.
À notre retour, la propriétaire nous régale d'une cuisine familiale généreuse et savoureuse, où le poisson du delta est roi. Même les enfants en redemandent.
Le lendemain, nous mettons le cap sur Sulina, la ville la plus orientale de Roumanie. Accessible presque exclusivement par bateau, cette ancienne cité cosmopolite, autrefois grand port fluvial, marque le point de rencontre entre le Danube et la mer Noire.
Après avoir traversé les derniers méandres du fleuve, nous atteignons enfin son embouchure.
Face à nous, l'immensité de la mer Noire.
Malgré une eau brunâtre, chargée des alluvions du Danube, cette baignade collective dans la mythique mer Noire restera l’un des moments les plus mémorables de notre voyage.
Au bout du Danube. Au bout de l'Europe. Nous avions le sentiment d'être arrivés au bout du monde.
Les conseils de Gaïa
Le delta du Danube est souvent négligé lors des voyages en Roumanie. C'est dommage ! Il mérite qu'on lui consacre du temps. Je vous recommande non seulement d'y aller, mais aussi d'y dormir au minimum une nuit (deux nuits, c'est vraiment parfait).
Si votre planning le permet et que vous aimez le slow travel, il est tout à fait possible d'y passer une semaine et de combiner la découverte du delta avec quelques jours au bord de la mer Noire.
On peut naviguer sur les canaux et les lacs à la recherche des pélicans et autres oiseaux, découvrir les villages de pêcheurs, rejoindre Sulina ou Sfântu Gheorghe, là où le Danube achève son long voyage vers la mer, ou encore explorer la forêt de Letea, connue pour ses dunes et ses chevaux vivant en liberté.
L'été, les plages sauvages de la mer Noire permettent d'alterner balades en bateau, observation de la faune, découverte des villages et journées au bord de l'eau.