Jordanie : voyager en liberté ne signifie pas voyager sans aucun accompagnement

Publié le 11 septembre 2026 à 12:25

J’aime voyager en liberté, le plus souvent. Mais certaines erreurs m’ont fait comprendre que, parfois, un accompagnement prend tout son sens.

Je l’ai appris en Jordanie, il y a une vingtaine d’années, dans le Wadi Rum…

Une vaste étendue désertique du sud de la Jordanie, ponctuée d’impressionnants massifs rocheux. Une merveille.

Nous dormions sous une tente, accueillis par une famille de Bédouins, à même une peau de chèvre. Un voyageur anglais partageait le campement avec nous.

En fin d’après-midi, nous décidons tous les trois de partir faire un petit tour à pied : contourner le « pain de sucre » situé à proximité du campement.

Cela nous semblait simple. Nous pensions qu’il suffisait d’en faire le tour pour revenir à notre point de départ.

Sauf qu’après près de deux heures de marche, toujours aucun endroit où tourner à gauche pour revenir vers le campement.

Presque plus d’eau. Pas de nourriture.

Et une lumière qui baissait de minute en minute.

Il a fallu décider.

Continuer, en espérant que le passage permettant de contourner le « pain de sucre » était un peu plus loin ?

Ou rebrousser chemin, alors que nous marchions déjà depuis près de deux heures et qu’il faudrait parcourir toute cette distance en sens inverse ?

Nous avons choisi la sécurité : faire demi-tour, malgré le long chemin à parcourir.

Nous sommes finalement arrivés au campement alors que la nuit était presque noire.

La famille de Bédouins nous attendait, tremblante d’inquiétude.

C’est à ce moment-là que j’ai vraiment compris l’erreur d’appréciation que nous avions faite.

Ce qui devait être « un petit tour » autour du campement aurait pu prendre une tout autre tournure.

Pour autant, je garde un merveilleux souvenir de ces dix jours en Jordanie, un pays d’une incroyable diversité et où nous avons reçu un accueil exceptionnel (à l’époque, la position de Jacques Chirac sur la guerre en Irak nous avait transformés aux yeux de nombreux Jordaniens, y compris les policiers, en véritables héros).

Et, en fin de compte, ce sont souvent les petites frayeurs et les imprévus qui restent le plus longtemps en mémoire. La preuve, je vous raconte cette mésaventure 20 ans après !

Avec le recul, j’ai compris que ce que j’aime le plus, c’est une forme de liberté encadrée : suffisamment préparée pour voyager sereinement, suffisamment souple pour laisser de la place à l’inattendu.

C’est aussi savoir où l’on peut laisser toute sa place à la spontanéité… et où il vaut mieux avoir prévu un cadre et le bon accompagnement.

Après 30 ans à parcourir le monde, en toute liberté, avec un accompagnement ponctuel ou en voyage organisé, chaque voyage m’a appris quelque chose.

Et ce ne sont pas seulement les choix judicieux qui m’ont appris à mieux voyager. Mes erreurs d’appréciation aussi.

Car, en voyage comme ailleurs, c’est souvent lorsqu’on se prend les pieds dans le tapis qu’on apprend le plus.

Et je vous garantis qu’on ne fait pas deux fois la même erreur !

Les conseils de Gaia

En voyage, on peut facilement sous-estimer une situation. Avec le recul, voici les principales leçons que j’ai tirées de cette erreur d’appréciation :

  • Ne pas se fier aux apparences. Une balade qui semble courte sur une carte ou depuis le campement peut être beaucoup plus longue une fois sur le terrain.
  • Se renseigner auprès des locaux avant de partir et les informer de ce que l’on prévoit de faire. Dans notre cas, la première chose à faire aurait été de demander conseil aux Bédouins du campement : était-il réellement possible de contourner le « pain de sucre », quelle distance fallait-il parcourir, combien de temps prévoir, quels étaient les points de repère et pouvions-nous le faire seuls ? Et bien sûr, les informer de notre départ et de l’heure à laquelle nous pensions revenir. Ils auraient ainsi pu nous indiquer qu’il était impossible de contourner le massif comme nous l’avions imaginé.
  • Prévoir suffisamment d’eau, même pour une sortie qui semble courte, ainsi qu’un minimum de nourriture.
  • Garder une marge avant la nuit. Dans un environnement que l’on connaît mal, mieux vaut prévoir un retour suffisamment tôt plutôt que de compter sur un timing trop serré.
  • Savoir quand se faire accompagner. Voyager en liberté ne signifie pas forcément tout faire seul. Selon le lieu, l’activité et les conditions de visite, il peut être nécessaire, plus adapté voire obligatoire, de faire appel à un professionnel ou, comme c’était notre cas à l’époque, de s’appuyer sur des personnes qui connaissaient parfaitement le terrain.
  • Et surtout, savoir renoncer. Faire demi-tour n’est pas un échec. Dans le Wadi Rum, c’est la meilleure décision que nous ayons prise ce jour-là.

La liberté en voyage, ce n’est pas forcément tout faire seul. C’est aussi savoir apprécier une situation et choisir la bonne manière de voyager.

Crédit photo : Haci Elmas